Sortons les archives

Exposition

4 novembre – 17 décembre, 2011
Vernissage et lancement le vendredi 4 novembre, 17h-21h
Performance d’Adriana Disman le samedi 5 novembre à 15h

Description du projet

Mark Clintberg, Adriana Disman, Ève Dorais, Rebecca Duclos, Kandis Friesen, Emmanuel Galland, Denis Lessard, Pilar Macias, Natalie Olanick, Anne-Marie Proulx, Sabrina Russo, Lorraine Turci et Anne-Sophie Garcia mettent en perspective les 27 ans d’histoire de Skol, complexifiant la perception homogène et linéaire que l’on pourrait avoir de cette trajectoire. Des documents, des artéfacts, des images tirés des archives récemment traitées révèlent des changements culturels et disciplinaires surprenants ainsi que des recoupements intergénérationnels, notamment le lancement de l’Historique de Skol commenté, encore jamais publié, réalisé par Yves Théoret, ancien membre, et commenté par Sabrina Russo et Anne-Marie Proulx, membres actuelles.

Mark Clintberg

My Debt (2011) est un projet épistolaire créé par Mark Clintberg à l’aide des archives de Skol. À la suite de recherches méticuleuses dans les dossiers de Skol, l’artiste a trouvé les noms d’autres artistes, de conservateurs, d’établissements et d’auteurs envers lesquels il estime avoir une dette. Par la suite, en s’inspirant des documents de la galerie, l’artiste a rédigé une série de lettres au sujet de ces dettes. Les originaux de la correspondance sont insérés dans les archives, dans le dossier même du destinataire ou à proximité. Les visiteurs de Skol sont invités à prendre des copies grand format de ces lettres pour les lire à leur guise ou pour les afficher. À la fin du projet, les lettres originales écrites à la main seront postées à la personne ou à l’établissement auxquels elles sont destinées, accompagnées d’un court texte expliquant la nature du projet. Dans l’éventualité où un destinataire serait décédé, la lettre sera expédiée à sa succession.

Adriana Disman

La Torontoise Adriana Disman procédera à une recherche expérimentale sur le processus d’incarnation subjective en réponse à des éléments visuels provenant d’une source extérieure. Il s’agit d’images et de textes trouvés dans un seul dossier des archives de la galerie Skol portant le nom de Correspondence Dossier GAYER, JOHN 1985-1989. Une étape de ce processus consistera à réaliser une performance avec le public. Adriana Disman a principalement créé des performances solos pour spectateur unique. Dans son travail, elle explore la fluidité de l’identité, la création d’un espace liminal et le déplacement des limites entre la passivité et l’action. Elle se penche sur l’interaction corporelle et immatérielle entre les corps lorsque les constructions mentales sociales normatives sont altérées ou abolies. Dans le passé, Disman a créé des situations simples dont l’issue est inconnue et déterminée par le participant qui recevait une invitation écrite en entrant dans l’espace où il trouvait l’artiste les yeux bandés. Certains textes exhortaient le visiteur à embrasser l’artiste, à mettre ses mains n’importe où sur son corps, à s’allonger au lit à côté d’elle pour lui raconter comment elle allait mourir ou encore à insérer une aiguille à coudre n’importe où sur sa peau. Adriana Disman explore les seuils de vulnérabilité comme catalyseur d’intimité et l’intimité comme catalyseur de transformation. Elle utilise sa pratique comme moyen d’affronter ses craintes et la solitude de l’être humain.

Ève Dorais

À la question « Que rajouter de plus? », que se pose l’artiste conscient de son héritage historique Ève Dorais répond : « du sens critique, des relectures de l’histoire, mais pas celle des grands artistes qui ne nous sont connus que grâce aux livres, aux sites Internet ou aux expositions rétrospectives. Non, l’histoire des expositions et des œuvres en train de se faire que nous avons personnellement expérimentée ». Elle répond également : «Les archives. Voilà la grosse affaire. Il faut être objectif. Ne plus toucher les matériaux avec les doigts. Retraiter machinalement l’information. Ne jamais se contredire. Ne rien dire. Obéir et remplir des formulaires. Surtout, aucune ligne courbe et incertaine. De l’exactitude.»

Rebecca Duclos

Rebecca Duclos s’intéresse autant à ce qui est dit qu’à ce qui est tu dans les propositions de projet soumis à une galerie. Plus précisément, elle étudie la façon dont les artistes choisissent (si tel est le cas) d’articuler les moments les plus indirects et souvent les plus intuitifs à l’origine ou à l’appui d’une idée qui cherche à être matérialisée en œuvre. Elle souhaite exploiter cette possibilité de recherche pour réfléchir à la façon dont l’engagement et l’articulation des pratiques para-universitaires créent un espace discursif permettant aux praticiens de reconnaître le potentiel complexe (et légitime) que des forces telles que le hasard, le synchronisme, l’association, l’intuition et la chance ont sur leur recherche et leur pratique. Elle cherche aussi à découvrir si, à travers les failles de la proposition de galerie bien organisée et formulée, et les attentes implicites en matière de linéarité et de séquence, les artistes sont en mesure d’estimer la complexité et le processus de création de leurs projets.

Kandis Friesen

Les documents et les dossiers rangés dans les archives de Skol comportent de petits dessins et de courts textes écrits à la main : des croquis spontanés, des égratignures, des griffonnages et des notes tracés à l’encre, au crayon ou au marqueur de la main de personnes qui ont travaillé à la galerie au cours de ses vingt-sept années d’histoire. Membres de jurys ou employés, ils ont laissé sur ces feuilles des dessins répétitifs, ont encerclé des vides ou souligné absolument tout. Ils ont pris des notes visuelles qui constituent une espèce de code personnel en vue de se rappeler quelque chose, de se distraire ou de mettre en évidence des choses. En numérisant et en reconfigurant ces traces faites à la main, Kandis Friesen créerait un nouveau dessin et proposerait de nouvelles archives visuelles constituées de lignes et de mots, une série de « documents » qui seront disposés et organisés dans une nouvelle composition. Une fois réunis, ces dessins fortuits conféreront un aspect gestuel et texturé aux dossiers principalement textuels détenus dans les archives de Skol.

Emmanuel Galland

Dans OUI / NON / PEUT-ÊTRE – Comptes d’apothicaire, Emmanuel Galland révise les archives des programmations successives de Skol depuis sa fondation. Comme lors d’un jury ou d’un comité de sélection, des listes de noms réels forment un “Name-dropping” de connus et d’inconnus du monde l’art majoritairement québéco-canadiens. Quelle question détermine la clé des options croisées sur chaque page : OUI / NON / PEUT-ÊTRE ? Quel arbitraire motive ce travail de relecture, révisionnisme, réévaluation, validation ou rejet ? Les informations de ce Bloc gangrènent comme un grain de sel le recensement des données de Skol. La pièce OUI / NON / PEUT-ÊTRE – Compte d’apothicaire se joue du “in” et du “out”, des modes, des artistes présents mais aujourd’hui hors circuit tout autant que des artistes refusés ici forcément absents de la banque de données des archives (les laissés-pour-compte).

Denis Lessard

Denis Lessard complétait en août dernier le traitement des archives historiques de Skol, avec l’assistance d’Aldís Snorradóttir. Au gré de cette exaltante aventure de six mois, il a relevé au passage la présence de trésors et de curiosités intrigantes. Lessard présente ici ces Choix de l’archiviste, regroupés autour de quelques thématiques souples : documents fondateurs, se reconnaître dans les archives, oeuvres ensevelies, mobilisation et enjeux. Les documents mis en exposition pourraient varier au fil des semaines. Cette contribution est dédiée à la mémoire de l’artiste citoyen Philippe Côté (1957-2011).

Pilar Macias

Pilar Macias joue avec le paradoxe d’une représentation du mouvement par le biais d’une photographie figurative qui nous montre ce que nous ne voyons pas, de prime abord, dans la prise de vue. La transparence de l’acétate et les images projetées se mélangent à la photographie initiale, nous obligeant à nous déplacer pour voir apparaître autre chose, suscitant le doute de l’acquis, du réel. Didi Hubermann dit que la photographie est toujours liée à « ce qui la précède et ce qui la suit »1. Macias explore ici la photographie comme médium de prises de vue et comme image qui raconte. Elle travaille avec la tension des corps, des ambiances, avec la charge expressive du jeu des transpositions et de la transparence. Elle cherche à exprimer la tension entre la prise de vue d’une réalité particulière et les données hybrides qui découlent de faits biographiques ou de fictions.

Natalie Olanick

Les œuvres choisies pour cet échantillonnage historique sont le fruit d’une réaction subjective à la diversité des médias conservés dans les archives de Skol. Natalie Olanick a abordé les archives comme une artiste aborde la production d’autres artistes choisis par des artistes. Son attention s’est portée sur les processus utilisés par les artistes pour produire du sens. Les périodes caractérisées par une production artistique donnée jouent un rôle dans la structure de description des œuvres. Toutefois, elle veut que la différence de temporalité serve d’outil, plutôt que d’être un objectif, pour révéler les enjeux sur lesquels les artistes se sont penchés. L’approche utilisée à la fois pour le récit et l’abstraction dans la peinture du milieu à la fin des années 1980, l’exploration continue de la photographie et des œuvres axées sur le temps du début de la décennie suivante, ainsi que les enjeux sur l’identité et le commentaire social de la fin des années 1990 jusqu’au début du vingt et unième siècle sont des courants vitaux de production artistique que l’on observe toujours. La comparaison d’exemples tirés des archives permettra de recouper les enjeux. Le spectateur peut remarquer des thèmes et des techniques communs, ou des croyances diamétralement opposées.

Anne-Marie Proulx

Dans le cadre du Bureau d’investigation d’archives, présenté lors du programme SKOOL de l’été 2009, l’artiste-consultante Anne-Marie Proulx a examiné les boîtes d’archives de Skol afin d’y retirer tous les noms rencontrés. Des noms connus et d’autres moins familiers apparaissent les uns à la suite des autres, mais n’obéissent à aucune hiérarchie. Des associations se créent entre les noms ou les personnes, sans toutefois arriver à expliquer la raison initiale de leur présence. Cette Collection de noms est une tentative de retracer le passage des gens dans les archives papier de Skol, et une invitation à se demander ce que cela signifie d’être ou de se trouver dans ces archives.

Lorraine Turci

Fichier corrompu, archive corrompue; pour Lorraine Turci il n’y a pas d’archives innocentes. Faire un choix de mémoire, c’est en quelque sorte la confisquer : sélectionnée, inscrite ou exclue, c’est une initiative d’autorité et de pouvoir — y compris pour l’avenir. La manipuler, c’est l’exposer à l’imprécision et à l’instabilité, c’est réactiver une mémoire. L’archive numérique ajoute une problématique : celle de la pérennité des données. Le numérique est à la fois dépendant de son support, fragile à l’extrême, et des procédés de décodage de ses données : les appareils et logiciels qui, une fois disparus, rendent toute lecture impossible. La vidéo Données s’aventure visuellement dans les archives numériques du centre Skol, manipulant et se jouant des documents administratifs, photographies, du code du site internet, réunis par leur nature immatérielle. Outre un questionnement sur l’interprétation des archives, Données interroge indirectement les pratiques de conservation de documents voués à une disparition annoncée.